Afghanistan : Washington reprend les négociations avec les Taliban à Doha

Afghanistan : Washington reprend les négociations avec les Taliban à Doha

Les États-Unis et les Taliban ont repris samedi à Doha des négociations pour un accord amenant à un retrait de troupes américaines en Afghanistan. L’ONU a de son côté annoncé que juillet a été le mois le plus meurtrier depuis 2017 dans le pays.

Les États-Unis et les Taliban afghans ont repris, samedi 3 août, des négociations à Doha, en vue d’un accord ouvrant la voie à la fin à l’intervention militaire américaine en Afghanistan. Alors que Donald Trump cherche à mettre en œuvre l’une de ses promesses de campagne, l’ONU a annoncé que le mois de juillet a été le plus violent dans le pays depuis 2017.

Il s’agit du huitième round de négociations à Doha entre les insurgés afghans et les États-Unis, représentés par l’émissaire américain Zalmay Khalilzad. Washington met les bouchées doubles afin d’arracher un accord politique avec les Taliban avant l’élection présidentielle afghane, prévue le 28 septembre. « Nous avons fait beaucoup de progrès. Nous parlons », a assuré vendredi Donald Trump aux journalistes.

En échange de leur désengagement militaire, les États-Unis exigent des Taliban qu’ils s’engagent à un cessez-le-feu et coupent tout lien avec le groupe jihadiste Al-Qaïda. Selon le Washington Post, la proposition d’accord sur la table prévoit de réduire le nombre de soldats américains en Afghanistan à 8 000, contre 14 000 actuellement.

Les États-Unis et leurs alliés de l’Otan sont engagés depuis le 7 octobre 2001 dans une vaste opération militaire en Afghanistan, après les attentats du 11-Septembre, pour y frapper les camps d’Al-Qaïda. Chassés du pouvoir par cette intervention, les Taliban mènent depuis une insurrection meurtrière dans le pays.

►À lire aussi : Amrullah Saleh, le « survivant » de la politique afghane

‘Un accord de paix, non pas un accord de retrait’

« Nous visons un accord de paix, non pas un accord de retrait [des troupes] : un accord de paix qui permette le retrait », a insisté vendredi sur Twitter Zalmay Khalilzad, à son arrivée à Doha.

L’accord entre Washington et les Taliban ouvrirait en effet la voie à un dialogue « interafghan » entre les insurgés et une délégation gouvernementale afghane. Celui-ci devrait avoir lieu courant août à Oslo, selon des sources diplomatiques. Jusqu’à présent, les Taliban ont toujours fermement refusé de discuter avec le gouvernement, qu’ils considèrent illégitime.

Mais une réunion récente, à laquelle des représentants gouvernementaux ont pris part « à titre personnel », début juillet, s’était conclue par la promesse d’une « feuille de route pour la paix ». Cela incluait notamment le retour des déplacés et mentionnant les droits des femmes, dont beaucoup en Afghanistan s’inquiètent qu’ils soient sacrifiés sur l’autel d’un compromis avec les Taliban.

Pour Bruce Hoffman, expert de la lutte contre le terrorisme, les Taliban seront plus que réticents à rompre tout lien avec Al-Qaïda. Il est difficile de « se fier aux promesses d’organisations terroristes« , estime-t-il.

Beaucoup craignent que Washington, pressé de mettre un terme à la plus longue guerre de l’histoire des États-Unis, conclue hâtivement un accord de retrait de ses troupes qui permettrait aux insurgés de retrouver une forme de pouvoir.

Le bilan de juillet est le plus lourd depuis mai 2017

Alors même qu’ils avaient affirmé en juillet à Doha vouloir réduire les victimes civiles à « zéro », les Taliban ont continué leurs attaques. Mercredi 31 juillet, au moins 34 personnes, en majorité des femmes et des enfants, ont été tuées lorsque leur bus a sauté sur un engin explosif posé selon les autorités par les insurgés.

Le bilan de juillet est le plus lourd depuis mai 2017, avec plus de 1 500 civils tués ou blessés, selon l’ONU. En dépit des discussions visant à mettre fin à la guerre, les civils continuent de mourir à un rythme « inacceptable », a dénoncé mardi la Mission de l’ONU en Afghanistan.

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