Au Brésil, les indigènes face à la recrudescence des intrusions d’orpailleurs clandestins

Au Brésil, les indigènes face à la recrudescence des intrusions d’orpailleurs clandestins

Le meurtre d’un chef indigène dans le nord du Brésil, condamné lundi par l’ONU, jette une lumière crue sur les risques liés à l’exploitation minière de l’Amazonie prônée par le président brésilien Jair Bolsonaro.

Le meurtre d’Emrya Waiapi, chef de la tribu des Waiapi, dans une région reculée de la jungle amazonienne dans le nord-est du Brésil, en pleine recrudescence des intrusions d’orpailleurs clandestins, a soulevé une vague d’indignation internationale, jusqu’au siège de l’ONU.

Ce « meurtre (…) est un symptôme inquiétant du problème croissant de l’empiètement sur les terres indigènes, en particulier les forêts, par les mineurs, les bûcherons et les agriculteurs au Brésil », a écrit la Haut-Commissaire aux droits de l’Homme de l’ONU, Michelle Bachelet, dans un communiqué publié lundi 29 juillet.

La rapidité de cette condamnation – avant même que soient rendues publiques les conclusions de la police brésilienne – révèle l’inquiétude de la communauté internationale au moment où se multiplient les pratiques prédatrices sur les territoires des peuples autochtones en Amazonie.

Un « feu vert » implicite pour les chercheurs d’or

Des conflits autour ces terres officiellement indisponibles à la prospection minière ont toujours existé, mais l’arrivée au pouvoir du président brésilien Jair Bolsonaro en janvier 2019 aurait considérablement enhardi les mineurs qui convoitent les richesses du sous-sol amazonien.

« On constate effectivement qu’il y a plus d’intrusions [dans les territoires indigènes] que les années précédentes », affirme à France 24 Sarah Shenker, chargée de campagne pour l’association Survival International.

« Selon nos contacts sur le terrain, les orpailleurs ou les personnes qui cherchent à s’accaparer des terres pénètrent dans les territoires indigènes avec plus d’assurance qu’avant, comme si elles avaient reçu un feu vert », explique la militante des droits humains.

Ce surcroit d’assurance était visible lors de l’intrusion de chercheurs d’or lourdement armés sur le territoire Waiapi, qui attire les convoitises depuis des années pour son sous-sol réputé riche en or, fer, cuivre et manganèse.

Selon le Conseil des villages de ce territoire, le corps du chef indigène a été retrouvé le 23 juillet dernier à proximité du village de Mariry, dans l’État d’Amapa. Le 26 au soir, une cinquantaine d’orpailleurs clandestins armés de fusils automatiques s’installaient dans un autre village voisin, provoquant la fuite des habitants.

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Controverses autour de l’exploitation minière en Amazonie

Le président brésilien Jair Bolsonaro a réagi lundi en déclarant qu’il n’y avait pas « d’indices forts » indiquant que le chef Waiapi avait été assassiné par les orpailleurs clandestins. Le leader d’extrême droite a réaffirmé son attachement au développement de l’exploitation minière en Amazonie en suggérant que l’orpaillage à petite échelle pourrait être légalisé, « y compris pour les indigènes ».

« Ils devraient avoir le droit d’exploiter leur sous-sol (…) même si des ONG étrangères voudraient les voir confinés dans un zoo, comme des animaux préhistoriques », a ajouté le chef de l’État.

La volonté maintes fois affichée du président brésilien de favoriser l’exploitation des sous-sols amazoniens présente de grands risques pour les peuples autochtones. Les activités d’orpaillage s’accompagnent souvent d’une recrudescence de violence armée, d’épidémies et de prostitution qui fragilise l’ordre social des tribus indigènes.

Leur protection passe donc par une « sanctuarisation » de leurs territoires, qui s’appuie notamment sur la reconnaissance par la Constitution brésilienne de 1988 des droits des indigènes sur les terres qu’ils occupent traditionnellement.

La Funai dans la ligne de mire

Même si l’émotion soulevée par le meurtre d’Emrya Waiapi oblige ces orpailleurs clandestins à rebrousser chemin, les peuples autochtones amazoniens ne sont pas pour autant à l’abri. Jair Bolsonaro et le gouvernement brésilien ont déjà affirmé leur volonté d’utiliser les règles de démarcation des territoires indigènes pour faciliter l’exploitation minière en Amazonie.

Ce pouvoir essentiel de délimitation est actuellement dévolu à une agence fédérale, la Fondation nationale de l’Indien (connue sous son acronyme portugais, la Funai). Cette organisation est en première ligne pour limiter les activités prédatrices comme l’orpaillage, mais aussi l’accaparement de terres amazoniennes pour l’agriculture ou l’élevage.

« Bolsonaro va faire tout ce qu’il peut pour déprécier le travail de la Funai. Il pourrait très bien nommer un nouveau président en accord avec ses idées, ou réessayer de transférer le droit de démarcation des zones indigènes de la Funai vers le ministère de l’Agriculture, comme il a essayé de le faire en début d’année », explique Sarah Shenker de Survival International.

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